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XBRL, révolution numérique et information financière

23/10/2020 Stéphane Bellanger, commissaire aux comptes, expert-comptable, analyste financier diplômé de la SFAF livre pour BRIEF ses réflexions sur l’XBRL et les données financières. Impliqué depuis près de 15 ans dans XBRL France et XBRL Europe, il se demande ce qu’il faut faire pour accompagner la (r)évolution numérique dans le domaine de l’information financière.

Au cours des dernières années, la Commission européenne et de l’ESMA ont été très actives dans le domaine de l’information publique et des normes comptables (MIF 2, Universal Registration Document, ESEF…). Conceptuellement, cette évolution législative a été spécialement pensée afin d’améliorer la qualité, la transparence et la comparabilité de l’information au bénéfice des investisseurs.

Fortuitement, la crise qui nous frappe est indubitablement le bon moment pour comprendre ce dont vont bénéficier les investisseurs et les analystes financiers. Tout comme ce que nous devrions attendre d’iXBRL, le choix européen du format de reporting électronique. 

Un langage commun mondial

Que ce soit XBRL aux États-Unis ou iXBRL en Europe, nous sommes en présence d’un langage commun mondial pour la diffusion de l’information financière comme l’ont été les normes internationales IFRS pour l’information comptable. Toutefois, l’information électronique n’est qu’un outil ; ce sont les utilisateurs qui apporteront les véritables changements. Dans la perspective d’améliorer le processus de prise de décision en matière d’investissement, la possibilité d’utiliser des données volumineuses est liée à la précision des mesures (Big Data). Il s’agit d’un défi majeur pour l’Europe car il ne peut être relevé qu’en ayant recours de manière significative à l’IA. En définitive, quelle serait la situation qui pourrait être “gagnant/gagnant” pour les émetteurs, les analystes financiers, les agences de notation, les fournisseurs de données et les régulateurs ?

Qui ne fait pas l’unanimité en Europe

À ce jour, les émetteurs européens ne sont toujours pas convaincus de l’utilité de iXBRL pour améliorer l’information financière. Les sociétés européennes cotées aux États-Unis fournissent déjà leurs comptes au format XBRL. Leur perception, et on ne peut raisonnablement leur donner tort, est que cette évolution numérique n’est pas un progrès pour l’information financière aux États-Unis. La SEC (Securities and Exchange Commission) n’a pas été en mesure de fournir une solution ouverte permettant l’utilisation d’un très grand nombre de données. 

Les informations extra-financières (ESG) rendent également les rapports financiers plus complexes. Et dans le même temps, l’allocation du capital dans les choix d’investissement ne sera affectée que si les entreprises incluent dans leurs rapports financiers des éléments additionnels. À titre illustratif, en vue de se prémunir d’actionnaires activistes qui représentent un risque événementiel croissant, la direction des entreprises est invitée à améliorer la qualité et la quantité des données communiquées au marché.

Un avantage certain pour les analystes financiers

Pour les analystes, l’exactitude des informations est primordiale, tout comme la rapidité de leur mise à disposition l’est également afin de déterminer la valeur de ces données. Les informations sont précieuses à leur publication et se déprécient par la suite : le marché recherche des données précises rapidement disponibles. Malheureusement, aux États-Unis, le balisage a été défini par une taxonomie réglementée, avec toutefois de nombreuses extensions non normées possibles. Le marché s’intéresse également au moment où l’information est modifiée.

En termes de productivité, l’intérêt de l’analyste financier est de passer moins de temps à collecter l’information et davantage à interpréter les résultats. De nombreuses analyses tirent leur pertinence de l’examen détaillé des notes aux états financiers. Dans le futur, l’extraction de ces données sera cruciale pour permettre une comparaison plus fine des entreprises.

Un outil pas encore opérationnel pour les agences de notation

Parallèlement, les agences de notation sont pionnières dans l’évaluation comparée des secteurs industriels et des entreprises. Cette évolution numérique va améliorer la précision des mesures fournies par les fournisseurs de données. L’accélération de l’utilisation des données XBRL comme source principale d’informations financières exige que les fournisseurs de données investissent massivement dans l’IA afin d’accroître la précision de l’extraction des données brutes. Et, aux États-Unis, bien que la SEC fournisse une taxonomie normalisée qui améliore la granulométrie des informations financières, ni les agences de notation ni les fournisseurs de données n’utilisent aujourd’hui cet outil afin d’améliorer la précision de leur méthodologie.

Le régulateur américain devra donc passer par une normalisation accrue des informations à fournir par les entreprises afin de permettre un filtrage et une analyse d’échelle plus faciles. 

La taxonomie XBRL contributrice majeure de l’information financière numérisée

La volatilité des marchés favorisée par la crise liée à la pandémie du coronavirus accroît l’écart entre le prix et la valeur. Or, dans le même temps, la comparabilité est essentielle pour améliorer la stabilité. Dans ce contexte, le défi consiste à réduire l’écart entre la perception de la valeur induite par l’analyse des APM (mesures alternatives de performance) et les mesures auditées. Selon nous, l’utilisation d’une taxonomie XBRL améliorera considérablement la fiabilité des états financiers. 

XBRL pourrait améliorer l’information financière des émetteurs et contribuer à réduire l’asymétrie de l’information. Et pour ce faire, il est aujourd’hui très clair que les émetteurs devraient bénéficier des conseils d’une agence de communication financière afin de mettre en œuvre une “meilleure communication” (c’est-à-dire la convergence entre les données comptables et les mesures utilisées par les investisseurs – cf. les travaux du Financial Lab au Royaume-Uni).

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